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La création au carré - Parcours l'Informateur / version WEB

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Marc Nerbonne / Je meurs, donc je suis

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 04 Jan 2012   Posted by Parcours

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Marc Nerbonne, Technique mite, An error occured, insufficent territory space,
all unsaved project will be lost, Mixte, 32po x 43po
L’univers de Marc Nerbonne, artiste montréalais, dont l’exposition solo La réserve se tenait à la galerie BAC du 24 novembre au 10 décembre dernier nous a entraîné aux limites de notre civilisation, dans cette marge où la vie et la mort se confondent, s’étreignent et brouillent dans une certaine mesure notre perception de la réalité. Fabriqués à partir d’un montage électronique transféré sur un panneau servant d’ébauche à la composition finale réalisée à partir de divers médiums tels l’acrylique et l’encre de Chine; l’art de Nerbonne se situe dans un espace de transition entre la photographie et la peinture, entre l’intérieur et l’extérieur, entre la présence et l’absence, entre la vie et la mort. C’est également dans cet interstice que se développe et se dévoile son questionnement esthétique.

Mettant en scène des animaux écrasés dans des paysages naturels ou parcelés puis amalgamés afin de former des compositions que l’on reconnaît facilement du domaine de l’histoire de l’art (Napoléon, 2011) ou d’images propagées par les médias (La réserve, 2011), les tableaux de Nerbonne questionnaient le rapport qu’entretient l’homme face à son environnement et les autres êtres vivants qui le composent. L’humain fragilise la faune et la flore par ses débordements, repoussant sans cesse les limites des forêts et des boisés, l’habitat de plusieurs espèces animales et végétales. La voiture a beau être l’assassin de ses animaux, semblait déclarer Nerbonne, elle n’en est que le bouc émissaire puisque le véritable responsable demeure le progrès et le capitalisme aveugle, comme en faisait foi les deux sculptures de pneus trônant au centre de la galerie, dont l’une des deux, qui par sa taille au milieu de tous ces animaux morts, rappelait la toute-puissance de la voiture certes, symbole ici du progrès et du capitalisme à outrance, mais renvoyait également à la machinerie lourde

Marc Nerbonne, technique mixte, White Westinghouse, 2011, Mixte, 36po x 48po
Au-delà de cette préoccupation de l’artiste qui sous-tend tout son processus artistique, dans La réserve c’est le caractère hybride, transgressif de ses oeuvres qui constitue dans un premier temps son questionnement esthétique, puis la direction qu’a prise cette exposition, puisque ce à quoi s’attaquent les œuvres de Nerbonne constitue l’un des plus anciens tabous qui perdurent encore à ce jour : celui de la mort. Les mises en scène des tableaux de Nerbonne allaient néanmoins plus loin dans leur représentation puisque les animaux représentés ne semblaient ni morts ni vivants (l’artiste ayant choisi pour la plupart de ses pièces des carcasses moins altérées), leur présence tenait davantage de l’apparition. Ce fait était par ailleurs souligné par la pièce Fantôme, 2011 où le tableau était recouvert d’un voile translucide sur lequel l’artiste avait également imprimé certains éléments de la composition donnant l’effet, selon l’endroit où se trouvait le spectateur, de voir surgir l’animal sur la route puis disparaître, à l’image de la vie et de la mort. La réalité de la vie justement provient de la disjonction de la vie et de la mort et c’est justement quand les limites sont floues, quand elles sont transgressées, même métaphoriquement, quand la mort vient contaminer la vie, par les carcasses animales dans un paysage bucolique tel que présenté par l’artiste, qu’on atteint un autre niveau de représentation et que l’on touche ultimement à l’abject. Le cadavre est par ailleurs l’objet tabou par excellence, car il incarne un déchet par la société, mais surtout parce qu’il entraîne généralement une blessure procédant alors à l’ouverture du corps où l’intérieur et l’extérieur du corps de l’animal se rejoignent. La violence contenue dans les œuvres de La réserve tenait justement à la transgression des limites du corps de l’animal. C’est par le caractère double de ses oeuvres que l’artiste a obtenu un tel effet, à partir d’un travail à la fois photographique et pictural et qui s’échelonne par la suite sur plusieurs niveaux, que la violence de sa représentation confronte le spectateur à sa propre condition humaine, mortelle. L’impact fut par ailleurs puissant et n’a pas laissé les visiteurs intacts.

En quittant La réserve on demeurait hanté par la mise en scène des tableaux de Nerbonne desquels émanait une beauté qui transcendait la brutalité du sujet. En repoussant les limites du beau, l’artiste a présenté un portrait fragile et vulnérable de notre société. C’est ce qui rend ses tableaux touchant et profondément humain. On ne pouvait finalement que souhaiter que tous ces animaux aient finalement trouvé la paix dans l’univers que Marc Nerbonne leur avait préparé pour leur ultime voyage vers l’immortalité.

Galerie BAC
Marc Nerbonne / La réserve a été présenté du 24 novembre au 10 décembre 2011 et en permanence à la Galerie BAC
6341, boulevard St-Laurent
Montreal, Québec

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